La fête des Allumoirs -R. Cuvelier 21

Ce n’était pas rien, la fête des allumoirs d’autrefois.Une sorte de kermesse où chacun prenait son plaisir.

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Les fabriques chômaient trois jours et jusqu’à une semaine entière. Le grand moment c’était le cortège à la nuit venue. Les enfants se servaient de pots de terre cuite ou bien creusaient des betteraves et des citrouilles. Ils plaçaient dedans du “ carbon de fau ”, c’est-à-dire des braises de bois de saule qu’ils saupoudraient de grains d’encens.

Au moment où le cortège se mettait en route, on allumait la braise de ces sortes de lanternes appelées des “ énonces ” ou des “ cafotins ”. Les gamins et les gamines balançaient les “ énonces ” au bout d’une corde pour entretenir le feu et parfumer leur passage.

Ils chantaient à qui mieux mieux : “ Vive les allumoirs, pour ouvrer du soir. Vive les cafotins, pour ouvrer du matin ”. Dans les villes et villages tout autour, les tisserands “ à l’otil ” ne reprenaient le travail à la lumière de la lampe qu’à partir du dernier mardi de septembre. Les jours d’avant, ils arrêtaient le métier à la tombée du soir, “ à l’brenne ” comme ils disaient. Chez les artisans, dans les manufactures et dans les rues, on s’éclairait à l’huile, ensuite au gaz, et pour finir, à l’électricité.

Le cortège parcourait les rues, tambours et fifres en tête. Pendant ce temps, les parents attendaient dans les estaminets, le retour des enfants. La cabaretière leur servait un plat de haricots et de saucisses à bon marché. La viande des saucisses craquait comme des pierres entre les dents, d’où l’origine du nom des “ Ducasses à Pierrot ”. Roubaix et Tourcoing et les cantons des deux villes ont gardé la fête des allumoirs dans leurs coutumes. Les lanternes vénitiennes ont remplacé les betteraves, mais la fête est bien présente. A chaque cortège la foule se presse et les quartiers s’animent de ces retraites aux flambeaux.

Texte : La voix du Nord - Dessin : R. Cuvelier



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