La Saint-Eloi des forgerons : Une tradition trempée comme l’acier - R. Cuvelier 6

Chassé du calendrier, Saint Eloi n’en est pas mort pour autant. 

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Si les grands ateliers, les forges battant au rythme des marteaux sur les enclumes sonnantes ont cédé le pas à des usines de plus en plus aseptisées, de plus en plus modernes, le grand corps des Métallos et des Forgerons n’a pas oublié le Saint patron.

Pourtant, si on le fête encore à maints endroits, c’est avec nostalgie que les anciens racontent les fastes que la fête revêtait antan. Le temps était-il plus à la joie ? Il n’y a guère de raison de le penser. La condition ouvrière était beaucoup plus dure qu’à présent. La télévision peut être a collaboré à diminuer la popularité du Saint, mais il paraît que cette désaffection a été causée plus sûrement encore par les éditeurs de calendriers qui l’ont banni de leur agendas, éphémérides et autres pensebête, alors que l’Eglise montre à l’endroit de Saint Eloi une grande mansuétude et que sa fête est encore tout à fait légale au regard de la loi religieuse.

A Hellemmes, la Saint Eloi était l’occasion d’une grande libération. Forgeron, tourneurs, fraiseurs, mécaniciens, ajusteurs, électriciens, fondeurs, modeleurs et pontonniers… tous les travailleurs du fer, tous ce monde qui, l’année durant, travaillait et transpirait dur, dans le fracas des marteaux pilons et la chaleur étouffante des forges, s’offraient une journée de liesse. Dans la grande nuit d’automne, Saint Eloi vivait encore et pour toujours. Ces fêtes rappelaient que le Saint devait sa popularité au fait d’avoir réalisé pour le roi Dagobert un trône magnifique, une merveille d’orfèvrerie. Mais la légende avait aussi retenu que le brave évêque Eloi, proche de Dagobert, lui avait enjoint un jour de remettre sa culotte à l’endroit. Une chanson enfantine a d’ailleurs immortalisé le fait. Sans doute est ce pour cela que les soirs de Saint Eloi, les ouvriers s’en repartaient à l’envers. Nulle fête ne saurait être complète sans force libations et il n’était pas rare que la célébration de Saint Eloi et de Vulcain réunis, ne s’achevât par un puissant hommage à Bacchus et Dyonisos. Plus d’un s’en retrouvait “ brindezingue ”, incapable même de retrouver son chemin.

Le coup de la pancarte

Alors, des camarades compatissants reconduisaient à domicile ceux qui ne savaient plus tenir debout. Pour faciliter les retours, dans chaque atelier on accrochait au cou de ceux que les libations avaient rendus amorphes, leurs nom et adresse. D’autres, facétieux, profitaient de la confusion générale de cette fin de fête pour intervertir quelques pancartes et quelques heures plus tard, les épouses retrouvaient profondément endormis au pied de chez elles, un voisin ou un inconnu.

Texte : La Voix du Nord - Dessin : R. Cuvelier



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